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Le libraire Bassompierre,
La belle Cauchoise

et Restif de La Bretonne


Par DANIEL DROIXHE

On a déposé naguère dans les collections de la Bibliothèque de la Ville de Liège un feuillet imprimé intitulé Note séparée, datée d'Aoust 1793, qui offre la liste, avec prix, d'un certain nombre d'ouvrages libertins du dix-huitième siècle. Le document comporte une annotation manuscrite indiquant qu'il s'agirait là d'ouvrages vendus par la maison Bassompierre. On y trouve d'une part des livres manifestant des opinions philosophiques avancées, d'autre part — mais la frontière est mouvante — des ouvrages érotiques classés « X ».

Parmi ces derniers figure le titre suivant : Cauchoise (La), ou Mémoires d'une Courtisanne célebre, roman pour servir de suite à tous les bons ouvrages de la philosophie de la nature ; jolie édition 24°, avec fig. Libidinibus 1786.

Cette édition ne figure pas au catalogue de la Bibliothèque nationale de France. Celui-ci mentionne La belle Cauchoise ou Mémoires d'une jolie Normande devenue courtisanne célèbre, paru en 1788 sous l'adresse de « Londres : Alfeston et comp. » et conservé à l'Enfer de la grande bibliothèque (n°  596). Pour ce qui est de l'attribution de l'ouvrage, le titre indique simplement : « Par un auteur critico-satirico-dramaturgique ».  Curieusement, le catalogue renvoie également, sans explication, à une Histoire de Marguerite fille de Suzon, nièce de D** B**** , publiée en 1784 sous l'adresse nue de « Paris ». L'ouvrage est également conservé à l'Enfer (n° 679). Au titre, D** B****  fait certainement allusion à dom Bougre, portier des Chartreux, dont l'histoire est attribuée à Gervaise de La Touche.

En 1822 parut La Belle Cauchoise ou Mémoires d'une jolie normande devenue courtisane célèbre (Enfer-1167). En 1847 parut également  à « Paris », chez « Les marchands de nouveautés », une Belle Cauchoise qui portait à présent le sous-titre des Aventures d'une paysane pervertie et le nom de Rétif de La Bretonne. L'ouvrage est malheureusement indisponible, suit à une « absence constatée (après récolement) ».

Ces divers titres recouvrent-ils une même réalité ? Quelle est la part éventuelle de Rétif dans sa composition ? On a interrogé à ce sujet notre Collègue Nicole Masson (Université de Poitiers), Présidente de la Société Rétif de La Bretonne. Celle-ci a bien voulu transmettre la question à Pierre Testud, Directeur des Études rétiviennes, qui a publié en 2002 une sélection des Œuvres romanesques de l'auteur dans la collection « Bouquins » chez Laffont, et tout récemment Mes inscripcions, 1779-1785 suivies du Journal, 1785-1789 (2006), ainsi que La dernière aventure d'un homme de quarante-cinq ans chez Champion dans la collection « L'Âge des Lumières » (2007).

Monsieur P. Testud a bien voulu nous adresser les courriels suivants que l'on reproduit tels quels, pour l'essentiel, afin de conserver le cheminement de sa recherche.

« 20 février 2008.

Je ne connais pas l'ouvrage intitulé La Cauchoise ou Mémoires d'une courtisane célèbre (1786), ni le second que vous mentionnez [La belle Cauchoise ou Mémoires d'une jolie Normande devenue courtisanne célèbre]. Mais il me paraît très probable, au vu des titres, qu'il s'agit du même ouvrage. Je constate que le catalogue de la B.n.F. ignore La Cauchoise…

En ce qui concerne La Belle Cauchoise ou les Aventures d'une paysanne pervertie, il s'agit d'extraits de La Paysanne pervertie de Rétif, sans rapport avec les titres précédents. C'est une édition qui utilise la référence à La Belle Cauchoise pour des raisons commerciales. La paysanne pervertie de Rétif est du reste bourguignonne.

En espérant que ces modestes renseignements vous éclaireront, je vous adresse mes cordiales salutations. »


M. Testud nous a récrit le même jour :

« Je trouve à l'instant une autre information. J. Rives Childs, dans sa Bibliographie des ouvrages de Rétif (1949) indique ceci, p. 276, à propos des éditions des Contemporaines: La Belle Cauchoise, ou les Aventures d'une paysanne pervertie, Paris, Chez les Marchands de Nouveautés (1847). Un vol. in-18 de 180 pages. “ Les récits de Restif ont été abrégés et rajustés et des changements nombreux ont été faits au texte de Restif  tiré des Contemporaines. Ce volume n'a rien de commun avec La belle Cauchoise ou Mémoires d'une jolie Normande, avec laquelle il est assez fréquemment confondu.”

Contrairement à ce que je vous disais, l'ouvrage serait donc fondé sur une (ou plusieurs) nouvelles des Contemporaines, et non sur La Paysanne pervertie. Mais aucun titre des Contemporaines (42 volumes!) ne permet de repérer la nouvelle, sinon celui de La Jolie Paysanne à Paris . Cette nouvelle ne fait cependant pas 180 pages, seulement une soixantaine dans le format in-12. Aucune du reste n'a une pagination de l'ordre de 180 dans le format in-18. Il faut donc supposer qu'il s'agit d'un amalgame de plusieurs nouvelles. Faute d'avoir sous les yeux le texte de La belle Cauchoise, je suis incapable de préciser dans quelles nouvelles l'éditeur a puisé.

Le travail bibliographique de J. Rives Childs est en général fiable. Mais je suis tout de même un peu étonné que la source soit dans Les Contemporaines plutôt que dans La Paysanne pervertie. »

M. Testud a autorisé la reproduction de ces courriers, qui ouvrent une question à l'intention des rétiviens. Qu'il en soit vivement remercié.

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